Ătape 2-1 | 29 juin 2024
Ce pĂšlerinage suivait en partie le mĂȘme itinĂ©raire que la seconde moitiĂ© de mon prĂ©cĂ©dent voyage.
Jâavais dĂ©jĂ parcouru cette portion, je ne craignais donc pas de me perdre.
SâarrĂȘter au point indiquĂ© par le guide (plan basĂ© sur le train) me semblait aussi un peu inutile et peu efficace.
Jâavais dĂ©jĂ tout le matĂ©riel nĂ©cessaire pour le pĂšlerinage,
et jâavais vĂ©rifiĂ© les parkings lors de mon prĂ©cĂ©dent passage.
Cette fois-ci, je nâavais pas besoin de perdre du temps Ă acheter des Ă©quipements ni Ă faire des recherches.
Câest pourquoi je pensais pouvoir parcourir environ deux sections.
Mais ce jugement était trop optimiste.
Comme on pouvait sây attendre, je nâai pas avancĂ© selon le planning prĂ©vu.
Jour 1 â DĂ©part
Ce pÚlerinage était prévu sur deux jours et une nuit.
Jâai dĂ©cidĂ© de consigner sĂ©parĂ©ment le premier et le deuxiĂšme jour.
LâĂ©pisode 2 correspond Ă la « section 2-1 » et relate le premier jour.
Gare JR dâItano
Jâai garĂ© ma voiture sur le parking situĂ© devant la gare.
Il y avait environ treize places, pour un tarif de 350 yens par jour.
Le systÚme était simple : on achÚte un ticket à la machine et on place le reçu sur le tableau de bord.
Ă ce moment-lĂ , je me sentais encore sereine.

Gare dâItano.
Jâai garĂ© la voiture ici, et le premier jour a commencĂ©.
Gohyaku Rakan (les Cinq-Cents Arhats)
Lors de mon prĂ©cĂ©dent passage, je nâavais pas eu le temps de visiter cet endroit.
Jâai donc commencĂ© ici cette fois-ci.
Dans un espace faiblement Ă©clairĂ©, des statues en bois dâarhats Ă©taient alignĂ©es.
Leurs expressions mâont paru plus inquiĂ©tantes que je ne lâavais imaginĂ©.
Temple n°6 â Anraku-ji
Temple n°7 â JĆ«raku-ji
Câest ici que se termine officiellement une « section » selon le guide.
Pourtant, emportĂ©e par mon assurance, jâai continuĂ© sans mâarrĂȘter.

Ă ce moment-lĂ ,
je pensais encore avoir de la marge.
Une fois de plus, cette décision allait provoquer des difficultés.
Je nâavais absolument rien appris de ma prĂ©cĂ©dente erreur.
Temple n°8 â Kumadani-ji
Temple n°9 â HĆrin-ji
Azukai Daishi
Je continuais dâavancer, portĂ©e par mon Ă©lan.
Temple n°10 â Kirihata-ji
Alors que lâheure limite pour obtenir le nĆkyĆ approchait,
333 marches de pierre se dressaient devant moi.
La pluie commençait à tomber.
AprĂšs ĂȘtre arrivĂ©e jusquâici, renoncer au tampon me semblait insupportable.
Sous la pluie, je me suis mise Ă courir de toutes mes forces pour gravir les marches.
Allais-je arriver Ă temps ?
Il était déjà passé 17 heures.
Le bureau du nĆkyĆ Ă©tait fermĂ©.
Alors que je restais immobile, envahie par le désespoir,
une voix douce mâa interpellĂ©e.
« Vous venez pour le nĆkyĆ ? »
CâĂ©tait une femme ĂągĂ©e du temple.
Elle mâa expliquĂ© que, normalement, ce nâĂ©tait plus possible aprĂšs lâheure,
mais que, me voyant trempĂ©e par la pluie, elle acceptait exceptionnellement de mâaider.
GrĂące Ă sa gentillesse, jâai pu recevoir le nĆkyĆ.
LâĂ©preuve suivante
Lorsque je lui ai dit que je comptais me rendre ensuite Ă la gare dâAwa-Kawashima,
elle a ouvert de grands yeux.
« OĂč ça ? Il vous faudra au moins trois heures. »
Le guide indiquait environ une heure et demie,
mais le soleil commençait déjà à décliner.
Une nouvelle fois, le désespoir.
Elle mâa alors suggĂ©rĂ© :
« Pourquoi ne pas appeler un taxi ? »
Le réseau téléphonique ne passait pas.
Jâai donc utilisĂ© une cabine tĂ©lĂ©phonique pour appeler une compagnie de taxis.
La réponse fut brutale :
« Nous ne prenons que les rĂ©servations. Pour aujourdâhui, câest terminĂ©. »
DĂ©sespĂ©rĂ©e, jâai insistĂ© pour savoir quoi faire.
AprÚs un silence, la réponse est venue :
« Bon⊠je vais venir vous chercher. »
Il mâa dit :
« Descendez un peu en contrebas du temple, lĂ oĂč une voiture peut sâarrĂȘter. Attendez-moi lĂ -bas. »
En empruntant un autre chemin que celui des marches,
je suis tombĂ©e sur une pente de pierres trĂšs raide et jâai glissĂ©.
Jâavais mal, mais ce nâĂ©tait pas le plus important Ă ce moment-lĂ .


Temple n°10 â Kirihata-ji
Reconnaissance et sentiments partagés
Sur le trajet en taxi vers la gare dâItano,
jâai reçu des conseils francs et directs sur le pĂšlerinage Ă pied.
Il mâa interrogĂ©e sur ma vitesse de marche et mon rythme entre les temples,
puis mâa dit :
« à ce rythme-là , vous devriez renoncer aux passages difficiles à partir du temple n°11. »
Certaines personnes ùgées parcourent ces sections sans difficulté,
mais elles disposent dâune vitesse et dâune endurance suffisantes.
Avec mon rythme actuel, cela serait dangereux.
Il mâa conseillĂ© de rejoindre un circuit en bus.
Je ressentais Ă la fois une profonde gratitude pour son aide
et un grand trouble face Ă la rĂ©alitĂ© dâentendre que le pĂšlerinage Ă pied ne me convenait peut-ĂȘtre pas.
MĂȘme aprĂšs ĂȘtre retournĂ©e en voiture Ă un hĂŽtel dâaffaires prĂšs de la gare de Tokushima,
mes pensées restaient confuses.
Les temples n°11 et n°12 constituent la partie la plus difficile.
Devais-je simplement rentrer chez moi le lendemain ?
La décision
AprĂšs mĂ»re rĂ©flexion, jâai pris une dĂ©cision.
Il nâest pas obligatoire de suivre lâordre strict des temples.
Je peux commencer par des itinéraires plus accessibles aux débutants,
mâhabituer progressivement Ă la marche du pĂšlerinage,
puis tenter les sections difficiles plus tard.
Cette fois encore, jâai causĂ© des soucis aux habitants locaux.
Malgré cela, je ne voulais pas abandonner.
Je voulais continuer Ă marcher autant que possible.
Pour le lendemain, jâai modifiĂ© mon itinĂ©raire en choisissant un parcours indiquĂ© comme « dĂ©butant » dans le guide.
Jâai dĂ©cidĂ© de sauter les temples n°11 et n°12
et de visiter les temples n°13 à n°17.
Note complémentaire
Avec le recul, cette journée a été marquée par une succession de décisions irréalistes.
Bien que lâheure de fermeture officielle du nĆkyĆ soit indiquĂ©e Ă 17 heures,
jâai appris plus tard que la rĂšgle tacite est dâarriver environ 30 minutes plus tĂŽt, vers 16 h 30.
Depuis la pandémie de COVID-19,
de nombreux hébergements ont fermé ou modifié leur fonctionnement,
et les informations des guides ne correspondent pas toujours à la réalité.
MĂȘme aprĂšs sâĂȘtre renseignĂ© Ă lâavance, la situation sur place peut ĂȘtre trĂšs diffĂ©rente.
Ce rĂ©cit nâa pas pour but de dire : « VoilĂ comment bien faire. »
Il sâagit plutĂŽt dâun rappel personnel de ce qui peut arriver lorsquâon force trop.
Pour celles et ceux qui hésitent à commencer le pÚlerinage,
ou qui envisagent de le faire Ă pied,
jâai volontairement laissĂ© ce tĂ©moignage tel quel,
dans lâespoir quâil puisse inciter Ă sâarrĂȘter un instant et Ă revoir son plan.
Ne vous pressez pas.
Ne vous comparez pas aux autres.
Avancez Ă votre propre rythme.
Aujourdâhui, je pense que le pĂšlerinage a du sens, mĂȘme ainsi.

Voici le petit plus dâaujourdâhui !
🌸 Porte vers les contes japonais
🐢⏳ TarĆ le Dormeur de Trois Ans â La force de lâattenteïŒäžćčŽćŻć€ȘéïŒ
Ă lâĂ©cart du village,
vivait un jeune homme que lâon appelait
TarĆ, celui qui dormait trois ans.
Il dormait toujours et ne travaillait pas,
et les gens se moquaient de lui.
Les jours de pluie comme les jours de vent,
il ne bougeait pas et laissait simplement le temps passer.
Les villageois, lassés, cessÚrent de lui adresser la parole.
Une année, le village fut frappé par une grande épreuve.
Ă ce moment-lĂ , TarĆ se leva calmement
et fit plus dâefforts que quiconque pour sauver le village.
Il ne restait pas immobile.
Il nâĂ©tait simplement pas pressĂ©.
Il savait quand venait le moment de se réveiller.
